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La deuxième plus grosse introduction en bourse (après Maroc Telecom) ne cesse de faire parler d'elle. Après avoir été réservée à la hausse pendant deux séances, Addoha a fini par coter lundi 10 juillet dernier. Le titre a drainé un volume de 1,73 milliard de dirhams sur le marché central, soit plus de 95% du chiffre d'affaires global. Mercredi, il a clôturé la séance à 739 Dhs, soit une hausse de 26,33% depuis le premier jour de sa cotation (le 6 juillet). Un succès attendu mais qui renseigne sur le niveau de surliquidité qui prévaut non seulement dans les banques mais chez les personnes physiques également.
Spéculation « Dès l'ouverture de la séance, les ordres de vente ont commencé à pleuvoir », explique un trader de la place de Casablanca. « On s'y attendait plus ou moins. Les ordres provenant pour la plupart de personnes physiques qui n'avaient qu'un seul souci : récupérer leur mise avec en sus une plus-value conséquente », ajoute-t-il. Le succès enregistré par cette introduction et l'avalanche d'ordres de vente durant les deux premiers jours de la cotation est significatif à plus d'un titre. « Cela nous montre le degré de surliquidité de l'économie marocaine. Elle ne se situe plus seulement au niveau des banques mais également chez les personnes physiques. Et le succès remporté par les dernières OPV le montre clairement : les gens préfèrent mettre leur argent dans les titres plutôt qu'investir dans des projets à long terme », analyse un économiste de la place. Surtout lorsqu'il s'agit d'un mastodonte comme le groupe Addoha.
Genèse d'un groupe Issu d'une famille industrielle, Anas Sefrioui n'hésite pas en 1995 à virer de bord, saisissant l'opportunité du lancement du programme des 200 000 logements économiques par Hassan II. Son premier programme à Aïn Sebaâ connaît un succès retentissant. Dès lors, l'aventure est lancée. « Le secret de sa réussite, il le doit certainement à la signature de sept conventions avec l'ةtat, notamment avec le ministère des Finances et celui de l'Habitat », explique un professionnel du secteur. Il obtient alors, à l'instar d'autres promoteurs immobiliers, des avantages fiscaux dans le cadre de l'article 19 de la loi de Finances 1999-2000. Le groupe Addoha a eu droit à une série d'exonérations d'impôts tels l'IS (Impôt sur les sociétés) et la TVA contre une plus grande production. « Une politique pratiquée par le gouvernement pour booster le secteur du logement social, mais qui privilégie les grands promoteurs », explique un opérateur économique qui requiert l'anonymat. « Les exonérations ne concernent que les grands groupes qui se sont engagés à construire 2500 logements en l'espace de 5 ans », ajoute-t-il. Ce qui laisse sur la touche tout le reste. « Nous bataillons depuis la mise en place de ce chantier pour que soient intégrés également les promoteurs de moindre envergure. Nous faisons des propositions dans ce sens chaque année ou presque au gouvernement, en vain. Le lobby des plus grands (ndlr les Chaâbi, Jamaï, Sefrioui et autres) est plus fort », s'indigne-t-il. « Les grands chantiers sont concentrés dans des villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech et, dans une moindre mesure, Tanger. Que fait-on de ceux qui construisent des logements sociaux dans les petites villes ? N'ont-ils pas plus besoin que ces grands groupes d'exonérations ? », s'interroge-t-il. Du côté du gouvernement, on pense que non puisqu'aucune mesure n'a été prise dans ce sens. « La lutte contre l'habitat insalubre dans les grandes villes reste notre priorité », estime-t-on du côté du ministère de tutelle. Les raisons sécuritaires ne sont pas étrangères à cette politique. La nomination de Driss Jettou allait dans ce sens. La déclaration gouvernementale du Premier ministre, reprenant les orientations royales, était d'ailleurs centrée sur l'objectif des 100 000 logements par an. D'ailleurs, dans son intervention, mercredi 12 juillet devant la Chambre des Conseillers, Driss Jettou a annoncé que cet objectif a été dépassé. Mais à quel prix ? « La lutte contre l'habitat insalubre s'est accélérée depuis les attentats du 16 mai 2003. La désintégration du tissu social offre un terreau de choix aux agents recruteurs des intégristes. Les autorités publiques mettent les bouchées doubles pour y mettre un terme. Seulement elles se concentrent sur les grandes agglomérations », explique un sociologue.
Marges mirobolantes « On ne privilégie pas seulement les grandes villes mais également les grands groupes au détriment de la bonne gouvernance », explique un promoteur. « L'obsession des autorités publiques est de montrer à l'opinion publique qu'elles tiennent leurs engagements quel qu'en soit le prix », ajoute-t-il. Ainsi, si Addoha assure ne pas pratiquer le "noir", répandu dans la profession, il n'en demeure pas moins que les marges engrangées par le groupe sur le social sont en moyenne de 30%. C'est en tout cas ce qu'indique la notice d'information pour l'introduction de la société en bourse. « Sachant que 81% du chiffre d'affaires d'Addoha provient du logement social, on est en mesure de se poser des questions quant aux répercussions des exonérations accordées sur le consommateur final. Le prix du logement économique aurait été nettement inférieur si les promoteurs n'engrangeaient pas des marges mirobolantes », s'interroge un député islamiste. Et encore, ce n'est que la partie visible de l'iceberg. « Si Addoha annonce une marge de 30%, d'autres groupes font nettement plus et les pouvoirs publics ne trouvent rien à y redire », estime pour sa part le promoteur. Les récentes passations de projets immobiliers sans appel d'offres, notamment aux holdings émiratis, renseignent sur le credo choisi par les pouvoirs publics : les résultats avant la bonne gouvernance !
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